« C’est devenu le rêve de toute une vie »

Faire entrer les rêves dans les entreprises ne tient plus de l’utopie mais de la réalité grâce à Rana Badarani, fondatrice de Com un Rêve. Cette entrepreneuse a de l’enthousiasme à revendre. Au-delà de permettre aux clients de récompenser leurs collaborateurs, elle offre aux entreprises une bonne dose de fraîcheur et la possibilité de décupler le potentiel et la motivation de leurs salariés. Une idée au départ novatrice qui surfe désormais sur la vague du bonheur au travail. iLoveLundi a voulu en savoir plus sur cette « dream planner » franco-libanaise.

Rana Badarani
Créatrice de Com Un Rêve

(iLoveLundi) Que propose Com un Rêve ?
(Rana Badarani) L’objectif est de faire entrer les rêves dans les entreprises françaises et étrangères si l’opportunité se présente. C’est donner l’occasion aux salariés d’identifier leurs rêves avec des questions précises et aux entreprises d’être plus humaines en permettant l’accomplissement du rêve. Pour cela, je propose des récompenses personnalisées, des cadeaux de départ à la retraite, d’ancienneté, de fidélité, des tirages au sort, etc, en fonction des souhaits des salariés et du budget des entreprises. Outre des séminaires pour faire comprendre l’intérêt des rêves au sein des entreprises, je propose aussi des sessions Team building, où les salariés prennent mon rôle de dream planner pour réaliser un rêve d’équipe.

Pourquoi les entreprises ou les salariés ont besoin de vous pour réaliser un rêve ?
Il manque souvent un de ces cinq facteurs clés :  le temps ou la notion de temps, les moyens, la motivation, la détermination et la persévérance, et le bon contact. Je réunis ces cinq éléments pour que le rêve devienne possible.

Comment est née cette idée ?
Cette idée est née de mon expérience personnelle. À 16 ans, je voulais évoluer dans le milieu de la publicité. À 19, j’ai posé le pied en France sans parler un mot de français. Après 18 mois de cours intensifs à Dijon (centre international des études françaises), je ne pouvais toujours pas intégrer une école de communication. J’ai continué mon chemin en oubliant mon projet professionnel, passé dans le domaine de l’inaccessible.  À 26 ans, j’ai décroché mon premier job et j’étais heureuse de découvrir l’univers professionnel. Pourtant, je me suis projetée dans le futur et l’amour de la publicité m’est revenu. Déjà mère de deux enfants, et ayant acquis un meilleur niveau de français, j’ai décidé d’intégrer une licence de communication à l’ECS Toulouse, avec pour unique objectif de réaliser mon rêve. J’ai réellement senti les effets de l’accomplissement personnel, celui d’atteindre son rêve. J’étais fière, épanouie, motivée et confiante. Je me suis attaquée alors à un projet plus difficile, celui de réaliser les rêves des autres.

Il manque souvent un de ces cinq facteurs clés :  le temps ou la notion de temps, les moyens, la motivation, la détermination et la persévérance, et le bon contact. Je réunis ces cinq éléments pour que le rêve devienne possible.

Pourquoi avoir choisi le domaine des entreprises ?
Tout d’abord parce que les entreprises ont les moyens d’apporter le budget nécessaire à la réalisation des rêves. Lors de mes premières semaines de réflexion, je souhaitais que les entreprises sponsorisent les rêves professionnels ou personnels de n’importe quel citoyen et par ce biais, améliorer leur image. Puis, au bout de plusieurs échanges, j’ai axé mon projet vers les entreprises, afin qu’elles en soient les premières bénéficiaires. Le retour sur investissement entraine un cercle vertueux pour les salariés : motivation, potentiel, meilleure performance, etc. C’est bénéfique pour tout le monde.

Comment les entreprises ont elles accueilli votre démarche étonnante, malgré les balbutiements du team building et de la QVT ?
Ce fût un long processus. De 2011 à 2014, j’ai mené une étude de marché approfondie auprès des dirigeants, salariés et prestataires. Au bout de plusieurs mois, Club d’Entreprises Réussir a été le premier Club professionnel à m’accueillir afin de m’aider dans mon étude de projet. L’objectif était d’obtenir un maximum d’échanges avec des dirigeants et de récolter leurs impressions. Dans ce contexte de clubs, ils étaient attentifs à mon idée mais aucun rendez -vous n’aboutissait. Puis en novembre 2015, j’ai signé mon premier contrat avec la DFCG Midi-Pyrénées. Le projet était enfin concrétisé.

Remise de la récompense par Rana Badarani au meilleur employé du Radisson Blu Toulouse

Avez-vous eu des demandes presque impossibles ?
Oui. Parmi mes 11 récompenses, j’ai eu une demande de participation au match final de la coupe du monde de la Fifa en Russie. C’était un an et demi avant l’événement. Au final, le salarié avait la possibilité de participer au match final de la coupe des confédérations. Un autre projet était de construire un hôtel au Vietnam et cette personne va réaliser l’étude de marché avec un incubateur. Soit il m’est possible de réaliser le rêve, soit le premier pas, soit l’expérience qui s’en rapproche le plus.

L’état d’esprit des entreprises a t’il changé depuis le début de votre activité ?
Les entreprises montrent plus d’intérêt car si mon projet était avant-gardiste au départ, aujourd’hui il correspond à cette recherche de bonheur au travail et d’innovation. Personnaliser les récompenses des entreprises et des salariés est un moyen de fédérer les collaborateurs autour de valeurs communes tout en valorisant chaque individu ou chaque équipe. En touchant aux sentiments, cela permet de stimuler, dynamiser et motiver les troupes, ce qui a un impact sur leur performance. Au début, je me laissais trois ans pour réussir mais j’ai compris qu’il fallait plus de temps dans ce domaine. Aujourd’hui, mon projet est le projet de toute une vie.

Le retour sur investissement entraine un cercle vertueux pour les salariés : motivation, potentiel, meilleure performance, etc. C’est bénéfique pour tout le monde.

Vous parlez de motivation mais ne concerne t’elle pas uniquement le salarié récompensé ?
Non, cela touche aussi ses collaborateurs. Par exemple, l’un de mes clients, le Radisson Blu Toulouse, a fait participer ses cinquante salariés pour qu’ils identifient leurs rêves. Cela leur a permis de se connaître eux-mêmes. Et ce n’est pas la direction qui a sélectionné le salarié récompensé mais les collaborateurs en fonction des critères fixés. Ici la prestation n’a pas été utilisée comme source de motivation mais comme moyen de reconnaissance. J’ajuste donc en fonction de la culture, des besoins et du budget de l’entreprise.

Vous êtes libanaise. Ce modèle de prestations est-il transférable au Liban ?
Je ne crois pas mais j’espère que je me trompe. Les rêves au Liban correspondent encore à des besoins primaires, bien plus qu’à de l’accomplissement. Si un jour j’ai une demande, elle sera sûrement influencée par la situation du pays. Je ne démarche pas là-bas mais après, pourquoi pas !

Outre la France, un pays vous intéresserait-il particulièrement pour déployer votre activité ?
Dubaï car avec un poste de ministre du bonheur attribué à Ouhoud Al-Roumi, ce pays porte un certain intérêt à la satisfaction des individus* et peut-être par extension au bien-être des salariés.

Remise d’un cadeau personnalisé pour un départ à la retraite au sein de Tisséo.

Que pensez-vous du management pyramidal en général. Ne représente-il pas aujourd’hui un frein à une évolution constante ?
Je m’intéresse de près au management mais je ne suis pas une spécialiste.
Je pense que c’est un frein, cependant tout dépend de l’entreprise et de sa capacité d’adaptation. Prenez par exemple les nouvelles méthodes de management comme le management participatif, il n’est pas forcément applicable partout. Puis, certaines entreprises ou salariés fonctionnent avec le challenge, d’autres pas. D’ailleurs, je pense qu’il y a une similitude avec les enfants et je me base ici en fonction de mon expérience de mère.

Pour moi le point essentiel à l’évolution des salariés, c’est que l’entreprise montre de l’intérêt, de la reconnaissance à tous ses collaborateurs.

Si vous étiez aujourd’hui salariée, comment dessineriez-vous l’entreprise du bonheur ?
Pour moi le point essentiel à l’évolution des salariés, c’est que l’entreprise montre de l’intérêt, de la reconnaissance à tous ses collaborateurs et qu’ils aient la possibilité de prendre des initiatives sans se référer toujours à la hiérarchie.

Et inversement, quelle patronne seriez-vous ?
Si mon activité se développe, je pense adopter un modèle basé sur le télétravail ou des freelances. Les futurs collaborateurs seraient ainsi responsables de leur temps, de leurs objectifs et de leurs stratégies. Je souhaite qu’ils soient « intrapreneurs » dans l’âme afin de se sentir réellement investis dans leurs missions, telle que je le suis. Et condition sine qua non pour intégrer Com un Rêve, vivre d’abord ce sentiment d’accomplissement après la réalisation d’un rêve, car pour se battre pour les rêves des autres, il faut l’avoir vécu soi-même.

*La création de ce poste en 2016 a pour but «d’harmoniser tous les projets du gouvernement pour assurer le bonheur de la société».

1 commentaire

  1. […] Du nouveau sur Com Un Rêve dans cet article inédit ! Un grand merci à Jennifer Legeron et ilovelundi pour cet interview ! http://www.ilovelundi.fr/paroles-experts/com-un-reve-recompense-les-salaries/  […]

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