« Notre objectif : allier hyper-croissance et bienveillance »

Créee en 2012, Sublime Skinz est une plateforme publicitaire spécialisée dans l’habillage des sites internet, qui génère un chiffre d’affaires de plus de 30 millions de dollars.  L’histoire a débuté en France. Aujourd’hui, répartie sur 5 bureaux à Paris, Londres, San Francisco, New York et Singapour, Sublime Skinz arrive en 32e position concernant le palmarès 2018 des Echos sur les entreprises à plus forte croissance dans l’Hexagone. iloveLundi a interviewé Jerem Febvre, Co-fondateur et Président US, pour en savoir plus sur les leviers de croissance de cette entreprise, et connaître les secrets de son management.

 

Jérem Febvre, Co-fondateur et Président America de Sublime Skinz

(iLoveLundi) Comment expliquez-vous ce succès ?
(Jerem Febvre) Je mesure le succès à la croissance de repères quantifiables comme le chiffre d’affaires, le nombre de collaborateurs, des récompenses ou awards, mais aussi à des choses plus intangibles, comme la qualité des relations au sein de l’entreprise, celle des interactions avec les autres acteurs de l’ecosystème dans lequel nous évoluons, ou bien l’épanouissement équilibré de ma vie professionnelle et personnelle. Le succès est le fruit de trois composantes : de bonnes idées, du bon travail, et de la réussite. Sublime skinz est un bon exemple. Mais c’est un challenge de tous les instants de poursuivre le développement avec enthousiasme et énergie.

Comment est né ce projet ?
Nous étions 5 entrepreneurs déjà expérimentés dans le domaine de la pub sur Internet et nous avons identifié un besoin sur le marché : un problème technologique qui nuisait à la créativité des formats publicitaires. Nous avons donc décidé de créer une solution, il y a cinq ans, qui permet au passage de lutter contre l’intrusivité de la pub digitale.

Pourquoi avoir décidé d’investir aux US ?
Les US sont le premier marché mondial, qui représente environ 40% des investissements publicitaires globaux. Lorsque vous êtes comme Sublime une entreprise qui est devenue un leader européen, que la plupart de vos compétiteurs sont américains, c’est le marché qui vous offre à la fois le plus fort potentiel de croissance, mais aussi une reconnaissance globale.

Quel mode de management adoptez-vous ?
En quelques années, nous sommes passés de 5 à 130 salariés, répartis dans 5 bureaux et 3 continents. Nous sommes donc passés par différentes étapes dans notre management et nos pratiques. Nous avons peu à peu multiplié le recours à des spécialistes, internes ou externes, pour optimiser nos pratiques, avec pour objectif d’ introduire la méthode agile dans notre organisation technologique. Nous portons une grande attention à notre culture d’entreprise, à la bienveillance dans nos interactions, la fidélisation de notre équipe qui est quasiment une seconde famille, et une capacité à élargir le cercle des décisions et des responsabilités à des collaborateurs dont le talent et l’engagement nous éblouit chaque jour. Notre objectif est d’allier hyper-croissance et bienveillance.

Les lignes conductrices que vous appliquez étaient-elles les mêmes au début de l’aventure, en France ?
Oui, elles sont valables quelque soit le marché. Le  challenge des fondateurs est de faire croître constamment la qualité de son équipe, en développant les compétences internes et en recrutant les meilleurs talents. Mais leur responsabilité première est d’être le garant de l’ADN de la société avec l’état d’esprit, la motivation et une vision.

Nous portons une grande attention à notre culture d’entreprise, à la bienveillance dans nos interactions et la fidélisation de notre équipe qui est quasiment une seconde famille.

Avez-vous mis en place des pratiques pour favoriser la QVT et le bien-être au travail au sein de Sublime Skinz ?
La qualité de vie est un point essentiel pour constituer et conserver une équipe comme la nôtre. Des locaux conviviaux, une bonne ambiance, des activités de team building participent à cette construction.

Les bureaux open space favorisent t’ils vraiment la performance des salariés selon vous ?
En ce qui nous concerne, nos bureaux comprennent des espaces en open space qui favorisent les échanges et l’émulation. Mais nous avons aussi veillé à aménager des espaces plus conviviaux, des coins canapés, une cuisine conviviale où on peut avoir des réunions informelles, ou même des coins détente comme un espace borne d’arcade ou un endroit pour jouer de la guitare.

Entre les différents bureaux, le modèle est-il le même ou existe-t-il des divergences pour mieux correspondre à la culture du pays ?
Chaque culture est différente et ce serait une erreur de vouloir adapter à la lettre un mode de management à la française. L’important est donc de transposer l’état d’esprit mais en l’adoptant aux usages locaux. On ne s’adresse pas de la même manière à un collaborateur américain, anglais ou français. Les attentes ne sont pas les mêmes en termes d’horaires de travail, de travail à distance, de pauses déjeuner, de congés, etc.

Qu’est-ce qui vous a marqué en tant que président/ manager entre la France et les USA à propos des salariés ?
Culturellement, la France reste un pays où le temps de présence reste associée à la qualité du travail accompli. Il est encore mal vu de quitter le travail tôt, et on voit souvent dans certaines boites des personnes se tourner les pouces en attendant l’heure du départ. C’est assez différent aux US (en tout cas dans les startups) où les collaborateurs sont évalués sur des objectifs très concrets et où le fait de rester tard au travail est plutôt perçu comme une incapacité à bien s’organiser pour les atteindre.

L’important est de transposer l’état d’esprit mais en l’adoptant aux usages locaux

D’après une étude, seulement 6% des salariés sont engagés dans leur travail en France contre 15% des salariés dans le monde. A votre avis, pourquoi ?
Je ne suis pas un grand amateur d’études qui prennent des raccourcis pour entretenir des clichés aux dents dures. L’exemple de Sublime Skinz en France nous démontre un engagement exceptionnel de la part de toute la team. Je pense qu’avant tout, c’est le sentiment d’appartenance et d’adhésion au projet de l’entreprise qui engage les personnes, où qu’on se trouve. Les français n’ont pas à rougir de leur comportement au travail, nous avons des talents exceptionnels, des esprits brillants issus d’un des meilleurs systèmes éducatifs au monde. Je retournerais plutôt le problème dans l’autre sens, à savoir que font les managers pour engager leurs équipes ?

D’ailleurs, si vous avez eu une expérience en tant que salarié, qu’est ce qui vous a manqué  ?
J’ai créé mon premier label de production discographique à 16 ans, et Sublime Skinz est ma quatrième entreprise. Mais j’ai mis longtemps à pouvoir vivre de mes projets. Dans l’intervalle, j’ai eu plusieurs métiers.  J’ai notamment travaillé pour des grands groupes, et j’ai souffert d’un cloisonnement hiérarchique assez français dans lequel il était impossible de partager de l’enthousiasme ou de la créativité.

Les français n’ont pas à rougir de leur comportement au travail. Je retournerais plutôt le problème dans l’autre sens, à savoir que font les managers pour engager leurs équipes ?

En France, le concept des entreprises libérées fait beaucoup parler. Etes-vous plutôt pour ou contre ?
Le modèle évoqué me semble avoir des vertus évidentes, mais est peut-être un peu extrême dans son application. Je crois beaucoup à l’importance du leadership, surtout dans une jeune entreprise, pour transmettre une énergie, une ligne directrice, et un climat de travail. En parallèle je crois beaucoup à la responsabilisation, au partage et à la reconnaissance qui sont des éléments essentiels à la cohésion d’une équipe. Mais encore une fois, chaque entreprise est différente, et la solution qui fonctionne à votre organisation ne fonctionnera peut-être pas pour celle des voisins.


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